Pour un enterrement digne

Mémoire aux défunts et fraternité aux vivants

Nous réflechissons avec quelques uns aux initiatives que le Carrefour des solidarités et les associations qui le souhaitent pourraient prendre pour faire en sorte que les gens qui ont choisi ou qui se sont vus contraints par la vie d’être dans la rue et d’y mourir puissent avoir un enterrement digne et une mémoire, comme tous les autres citoyens. Cette initiative éventuelle se ferait, bien évidemment en complément de ce que font déjà les C.C.A.S. des différentes communes. Nous avons rencontré Gérard Naissant, du collectif « Mémoire-Fraternité », pour qu’il nous raconte ce qui se passait à ce propos sur Lille.

Une initiative d’origine religieuse

La première initiative a été prise, il y a plusieurs années, par une religieuse, sœur Irène et une petite équipe de personnes. Ils accompagnaient systématiquement au cimetière les personnes isolées ou sans famille. En accord avec le Maire, Pierre Mauroy, c’était le service d’Etat civil qui les prévenait. Ce groupe qui s’appelait « Magdala » a mis progressivement au point un rite d’accompagnement de ces personnes dans le respect de leurs croyances et dans la mesure où elles étaient connues.

Toutefois, certaines personnes ont manifesté leur crainte de voir la laïcité républicaine, à laquelle se doit toute institution publique comme une mairie, mise à mal par une telle initiative.

La constitution d’un collectif diversifié

Depuis lors, c’est un collectif d’associations caritatives et humanitaires, d’institutions et de personnes qui s’est constitué venant d’horizons philosophiques et religieux différents pour reprendre le flambeau. Sa première tâche a été de rédiger une charte, dont on lira par ailleurs le contenu, sur laquelle s’engage tout participant. Sa mission est « d’accompagner au « Carré des indigents » les personnes décédées dans la pauvreté, l’isolement ou à la rue. Il honore leur mémoire, reconnaissant à chaque être humain sa dignité. »

Gérard Naissant nous a indiqué que l’appartenance au collectif représentait en réalité trois engagements. Celui de soutenir l’action du collectif, celui de participer à la réflexion du collectif, une telle initiative n’est pas sans poser de multiples questions et celui, plus concret, d’accompagner le défunt vers sa dernière demeure. Ils sont entre douze et vingt personnes à chaque enterrement.

Des questions à clarifier

Parmi les questions qui se sont posées : rédiger et faire paraître un faire-part (à chacune des morts ou un faire part collectif tous les six mois ?), pour qui le collectif intervient-il (pour les morts de la rue, pour les personnes sans famille, etc.), la mise en place d’un mémorial et d’une cérémonie commémorative, l’entretien de la tombe (à Lille, elle est assurée par la Mairie), garder les éléments de mémoire de chacun pour permettre éventuellement de pouvoir les retrouver plus tard, etc. Ces questions trouvent des réponses diverses en fonction des localités et une réunion récente, à Paris, à l’initiative de l’association « Mourir dans la dignité » a permis de confronter les différentes expériences.

Bref, du pain sur la planche à qui veut reprendre localement le flambeau.

Charte du collectif pour l’accompagnement des funérailles de personnes inhumées au carré des indigents

1 - Le rite funéraire est un critère d’humanité depuis la plus ancienne antiquité
2 -La dignité de chacun dépend de la dignité reconnue à autrui. Cela fait partie de nos Valeurs citoyennes de Fraternité.
3 -L’hommage rendu aux morts est en quelque sorte un hommage rendu aussi aux vivants. Pour que cet hommage soit rendu, il est indispensable que quelques personnes accompagnent physiquement le défunt lors de ce rite.
4 - Manifester cette attention à la personne défunte est aussi, pour ceux qui vivent encore cette même situation d’indigence, le rappel de leur propre dignité.
5 - Bien souvent, à cause de leur situation d’indigence, la dignité de ces personnes n’a pas été reconnue durant leur vie. C’est pourquoi il nous importe de réaffirmer cette dignité par ce geste d’accompagnement au moment de la mort.
6 - C’est le corps d’une personne qu’on enterre, une personne qui a une histoire, une dignité d’être humain intangible au-delà même de la mort, à travers le souvenir. Nous sommes là à ses côtés, pour reconnaître à cet homme, à cette femme, son appartenance à la famille humaine, sa dignité et le respect qui lui est dû.
7 - L’accompagnement se fait dans le respect des convictions philosophiques et/ou religieuses du défunt. Si celles-ci ne sont pas connues un rite laïc approprié sera suivi. Quand elles sont connues, il sera fait en sorte qu’elles puissent être respectées, dans la mesure de ce qu’il est possible de mettre en œuvre simplement.
8 - Le collectif s’impose de ne pas se substituer à la famille quand elle sera présente.
9 - Le collectif pour l’accompagnement des funérailles des personnes inhumées au carré des indigents, est ouvert à toute structure, association ou personne se reconnaissant dans ces principes fondateurs.

Associations et institutions actuellement membres du collectif

L’ABEJ (accueil de jour et de nuit), A.T.D. Quart Monde, C.A.L. P.A.C.T., Le conseil de solidarité des églises chrétiennes, Saint Vincent de Paul, L’Eglise réformée de France, La Fondation Armée du salut, Emmaüs, La Ligue des droits de l’homme, Les petits frères des pauvres, Le Secours Catholique, + un certain nombre de personnes physiques.

La liste demeure totalement ouverte à de nouveaux arrivants.

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